Rencontre avec Chantal BALSA
Article proposé par Catherine PAUL relecture Marcel PAUL
Rencontre du 30/04/2026 sur le thème « des voyageurs de l’ombre »
J’adore les voyages et lorsque Chantal m’a parlé de son projet de périple au Maroc avec son club des Aragnous, j’ai voulu en savoir plus, pas vous ?
Q1/ Bonjour Chantal, tu es connue des spéléologues varois et de la région Sud PACA, mais connaît-on vraiment ton parcours… Te souviens-tu en quelle année tu as commencé la spéléologie et quelles ont été tes motivations premières pour pratiquer cette activité sportive ?
Chantal
J'ai commencé la spéléo par hasard, grâce à un copain qui était motard et spéléologue. De la moto, on est passé à la spéléo. J'ai commencé, je crois, en 83 ou 84.
Je suis restée longtemps licenciée en individuelle mais je fréquentais quand même les gens du Spéléo Club de Toulon (SCT Lei Aragnous). Et un jour, Joan Erra m'a dit : « y en a marre, maintenant inscris-toi au club ». Et j'ai adhéré au club. Je ne sais pas en quelle année précisément mais c’était dans les années 1990-1991.
Depuis, je suis toujours fédérée au SCT, c'est mon club favori et je suis fidèle.
Q2/ Tu dis toujours que tu ne fais pas ou plus de spéléo, peux-tu nous en dire plus ?
Chantal
Et bien… quand tu es jeune, tu es fringante, tu es mince, tu es forte, tu es puissante. Tu ne le sais pas, mais tu l'es. Et puis après tu deviens vieille. Entre-temps, tu fais parfois un ou plusieurs enfants, moi j'ai eu une fille. Et tout s'inverse… Tu prends du gras, tu fais un peu moins de spéléologie avec l’âge… Si pour toi les choses changent, malheureusement les trous, eux, ne s'élargissent pas.
Q3 / Maintenant nous savons pourquoi tu fais moins de spéléologie, cependant tu es toujours impliquée dans la vie fédérale.
Chantal
La fédération ? Oui, indirectement, parce que je me suis occupée de trésorerie puisque je suis comptable de métier.
J’ai été membre du bureau de la région devenue le CRSC-SUD. A l'époque, il y avait Éric Madeleine. Je ne me rappelle même plus en quelle année pour te dire… Trésorière, je l’ai été aussi dans mon club parce qu’il est prioritaire. J'ai tenu les comptes pendant un long moment. Puis, j'ai été présidente du SCT comme tout le monde parce que les membres des Aragnous sont au moins présidents ou présidentes une fois dans leur vie de club.
En parallèle, je me suis occupée de la comptabilité du CDS 83 pendant 14 ans ou 15 ans, un truc comme ça, je sais plus.
Actuellement, je suis membre du bureau au CRSC-SUD parce qu'effectivement il faut atteindre un quota de places réservées aux femmes un peu partout. Eh oui ! La mixité nous rattrape tout le temps.
Q4 / Et par rapport à la commission secours, tu participes toujours aux exercices ?
Chantal
Oui, ça, je l'ai fait un brave moment.
À l'époque , c'était moins… Je ne sais pas comment expliquer ça. Avant, tout le monde allait aux exercices secours, cela faisait partie de la norme. C'était ouvert à tout le monde. C'était simple
Maintenant, c'est très cloisonné et plus galère. Il faut avoir fait le stage de machin, le stage de truc. Théoriquement, je devrais aller au stage de gestionnaire en fin d'année car il manque de gestionnaires dans l’équipe de secouristes. A voir.
Q5 / Que d’investissements que ce soit en tant que comptable ou présidente ou secouriste, dans beaucoup de fonctions au niveau du CDS 83 ou de la région CRSC-SUD ou de ton club... ! Mais n'aurais-tu pas, aussi, organisé des voyages ?
Chantal
Ah oui, des voyages et des camps spéléo aux Aragnous, on en a organisé. On est tout le temps partis en France et à l’étranger.
Q6/ Aujourd’hui , j'ai souhaité te rencontrer car tu m'as parlé du projet que tu vas réaliser avec ton club Lei Aragnous au Maroc le 6 mai. Et j'ai voulu en savoir plus et le partager avec les adhérents du VAR.
Chantal
Oui nous partons le 6 mai pour 11 jours au Maroc. Il y aura neuf membres du SCT et un du club de Sanary.
A proprement dit ce n'est pas vraiment un camp spéléo comme on a pu faire l'année d'avant, c'est plutôt de la spéléo/tourisme.
On commence à Agadir et on va visiter la grotte de Vin Thindoune (une belle rivière souterraine) puis explorer deux autres grottes sur le parcours (la grotte Araignée et la grotte Aziza) en passant par Ouarzazate pour arriver à Merzouga. De là, nous irons faire un petit tour dans le désert pour parcourir toutes les vallées autour du Drâa dans le sud marocain. Et après, retour à la maison.
Q7/ Pourquoi cette destination du Maroc?
Chantal
C'est la seconde fois que nous irons là-bas. L'année dernière, on était allé du côté de Taza. Nous avions exploré, surtout les copains, les grottes de l’eau, de Chaara, l’aven Oued Aychiech, Idra, Habes clebs et de Khakhoued dans les massifs karstiques du nord marocain. Nous avions un guide avec nous qui est spéléologue et guide-naturaliste, un homme génial. Il connait toutes les herbes aromatiques. Enfin, il a énormément de connaissances et c'est un pur bonheur à tous les niveaux. Quand on lui a demandé s'il se sentait de nous organiser et de nous accompagner dans le sud, il a été d’accord. Et c’est parti de là.
Cette année, pas de premières, de prospections ou de formation. Ce sera juste le plaisir pour le plaisir. André Roudaud rêvait d'aller dans le désert pour voir des grandes dunes qu’il n’avait pas vues en Tunisie. Donc là, à Merzouga, il va être servi, on va marcher dans le sable. C'est vraiment du tourisme simple, tranquille, le bonheur d'être ensemble, dans le sud marocain.
Q8/ Ah oui, je me rappelle que vous aviez organisé aussi un camp en Tunisie. Qu’est-ce qui vous avez fait choisir cette destination ?
Chantal
C'est par le plus grand des hasards que ça a commencé. Amine, un jeune Tunisien qui venait faire ses études en France, à la faculté de Marseille, a demandé à venir au club. On l'a accueilli avec beaucoup de plaisir. Il a découvert la neige avant de découvrir la spéléo. Et partant de là, une amitié s'est créée entre les clubs de Bizerte et des Aragnous. Et puis on a commencé à aller chez eux après la révolution du jasmin. On a rencontré beaucoup de spéléos tunisiens. Nous en avons gardé un bon souvenir.
Q9/ C’est donc la rencontre avec ce jeune homme qui vous a donné l’envie d’organiser votre premier camp en Tunisie. Était-ce avec des spéléologues tunisiens, hommes et femmes ?
Chantal
Oui, nous étions avec des spéléos tunisiens qui habitaient à Tunis et à Bizerte. Nous nous contactons régulièrement. Dans ce voyage, nous avons découvert leur façon de pratiquer la spéléologie.
PETZL nous avait offert du matériel, car nous avons organisé ce camp sous forme d’une formation aux techniques du Spéléo secours pilotée par Dédé et Alain, à l'époque. Nous avons laissé tout le matériel offert par PETZL au club de Bizerte.
Ce camp spéléo dans le Nord de la Tunisie avait duré plus d'une semaine puis nous sommes partis nous balader dans le sud avec Amine une dizaine de jours.
Q10/ Pour cette échange entre deux pays, avez-vous eu le soutien de la Commission relations et expéditions internationales (CREI) de la Fédération française de spéléo et étiez-vous en contact avec le correspondant de ce pays?
Chantal
Absolument pas. Nous n'avons jamais pris contact avec la CREI parce que nous estimons que ce que l'on fait n'est pas d'un niveau qui mérite le statut d’action internationale. Et en plus, on est plutôt du style à rester autonome. Et on n'a pas trop envie de faire des rapports, des bilans, des demandes de subvention et tout ça. On s'autogère.
Q11/ Et comment avez-vous obtenu des aides matérielles de PETZL ?
Chantal
C’est vrai, pour ce camp en Tunisie nous avons eu un lot très important de matériel qui nous a été offert par PETZL.
Nous avions fait une demande dans un magasin qui n’a pas aboutie. Et du coup, 4-5 jours avant de partir, j'ai appelé en urgence la responsable de chez PETZL qui m'a dit que la société allait envoyer ce qu’il nous fallait. Moi, je pensais qu'ils allaient nous envoyer un descendeur et des bloqueurs. Ils nous ont envoyé deux matériels complets, des kits et autres. Pour les gamins et les adultes du club de Bizerte, c'était génial.
Q12/ Tu as profité de cette dynamique de ce camp en Tunisie pour organiser un stage de topographie avec les jeunes de ce club. Était-ce dans un cadre EFS ? As-tu eu un retour de cette formation par les Tunisiens?
Chantal
Ce n’était absolument pas dans le cadre d’un stage EFS. Nous étions trois varois, en solo, sans agrément. En général, les demande d’agrément, ce n'est pas ma spécialité.
J’ai eu cette initiative par rapport à leur demande car j'en avais discuté avec eux et ils en avaient exprimé le besoin. A l’époque, il y avait plein de jeunes qui étaient en fin d’études et qui étaient en manque de ces connaissances pour leurs cursus.
Nous étions trois, Jean-Pierre Lucot avec sa femme Catherine et moi. Nous avons été reçus par le club, rien que des jeunes très enthousiastes. Nous sommes restés une semaine entre Bizerte et Zagouan. C'est surtout Jean-Pierre qui a bossé… Il leur a appris comment faire une topographie parce que moi je ne suis pas du tout au top en topo, j'en ai fait dans mon jeune temps. C'était une belle initiative. Les jeunes tunisiens ont mis tous les moyens qu'ils avaient et nous, on a fait ce qu'on a pu.
Il y a deux ou trois ans en arrière, je les ai retrouvés dans un rassemblement spéléo en Tunisie où il y avait les Lips d’ailleurs. Ils s’en rappelaient. Aujourd’hui, il y en a qui sont hydrologue ou géologue. Ce stage avait complété leurs études, changé leur orientation. Ça les a aidés pour acquérir une base solide pour accéder à leur carrière.
Q13/ Puisque cet article rentre dans le cadre de la mixité, y a-t-il beaucoup de femmes tunisiennes qui pratiquent la spéléologie ?
Chantal
Il faut dire que leurs clubs sont structurés différemment des nôtres. Là-bas, les gens se forment dans des stages. Ils ont des niveaux, ils n'en sortent pas. Donc tout le monde progresse en même temps. Il y a beaucoup de femmes. Beaucoup de jeunes filles. Quand je dis femmes, c'est de très jeunes femmes parce qu'après elles sont prises par leur vie de famille. Elles sont venues avec nous sous terre. Elles sont investies, elles sont estimées, elles sont reconnues.
Q14/ Et vous aviez organisé un stage avec elles ? Que des femmes je crois.
Chantal
Non, ça c'est autre chose. J'ai suivi un stage international féminin en 2016 organisé en France, où il y avait des jeunes femmes qui venaient de Roumanie et aussi les Tunisiennes que je connaissais. Et bien d’autres femmes que je ne connaissais pas et que j'ai appris à connaître. C'était génial. Il y avait aussi Sidonie, la salariée du CDS 13.
Donc là, les cadres ont appris à tout le monde à équiper, à encadrer, à gérer une équipe. Ça allait du stage découverte au stage perf dont je faisais partie. J’y suis allée pour réapprendre à équiper avec les nouvelles techniques pour pouvoir, au besoin, aller avec les enfants de l’EDSC du CDS 83. Pour anecdote, je n'ai pas eu besoin d'y aller à l’EDSC car les cadres étaient assez nombreux, donc c'était très bien. Et moi, j'ai appris plein de choses, y compris que les spéléos roumains n'équipaient pas comme nous. C’était un peu perturbant.
Tout ça dans la bonne ambiance entre femmes, mêmes s’il y avait quand même pas mal d'hommes pour compléter l’effectif du stage. La mixité, c'est à revoir. J’avoue, la mixité, ce n'est pas ma tasse de thé. Pour moi, la mixité, c'est une recherche de potiche.
Q15/ Une recherche de potiche ? Alors là, tu m’intrigues, j’aimerais que tu me définisses une recherche de potiche, kezako ?
Chantal
Ça veut dire que maintenant, il faut un homme et une femme, ce n'est même plus une histoire de volonté, c'est une histoire légale d'avoir quelqu'un de chaque sexe, je ne vois pas l’intérêt. Je pense qu'il vaut mieux avoir deux femmes ou deux hommes qui ont envie de faire ce qu'ils ont à faire, plutôt qu'un homme qui veut faire quelque chose et une femme potiche à côté qui met son nom. Moi je suis féministe, mais je ne suis pas pour la mixité. Je trouve ça lamentable. Je préfère qu'il y ait des gens intéressés et motivés que des gens sexués.
Q16/ Je comprends mieux ta définition. C’est un point de vue plutôt réaliste même si la mixité ne se résume pas qu’à cela comme nous le verrons dans le prochain article.
Avec ton club, tu organises chaque année des sorties d’exploration où tu vis des moments forts avec les « Aragnous », quel est pour toi ton meilleur souvenir spéléo ?
Chantal
Un des moments fort que j’ai vécu en spéléologie, c’était au mois de juin en 2007, dans le Var, quand on a exploré tous ensemble la Foux de Sainte-Anne.
Le camp a duré quinze jours et tous les spéléos varois et d’ailleurs étaient réunis pour aller au fond de la grotte. Bon , pour moi ce n’était pas difficile car j’habitais à côté. C'était une expérience grandiose. Je veux dire par là que tout le monde était là, tout le monde a participé, tout le monde pendant 15 jours, tous unis pour un même objectif... C'était un événement d’une grande ampleur, intense : mettre tous ces tuyaux, faire tous ces branchements électriques, la gestion de la pompe, de la bouffe, j'ai trouvé ça super, mais alors vraiment trop trop bien ! On est allé tous au fond. Il faudrait le refaire sur une autre cavité. Mais laquelle ?
Q17/ Les spéléos varois sont des voyageurs de l’ombre. Ça fait de longues années que vous pratiquez la spéléo un peu partout dans le monde. Quel est ton meilleur souvenir dans ces cavités lointaines ?
Chantal
J’ai d’excellents souvenirs avec les spéléos varois que ce soit à Majorque, en Sardaigne, Slovénie, Sicile ou au sommet du Stromboli en prenant l’apéro avec Alain Matteoli, mais celui que j’ai adoré, c’est le petit camp sous les tropiques des Philippines. Dans Sulpan, ils m’ont dévalisé mon bidon étanche de mes médicaments parce qu'ils avaient tous la cagagne.
C'est un des plus beaux souvenirs de ma vie. J'avoue que c'était le dépaysement, l'effort intense par moments, la beauté des lieux, les gens, enfin je veux dire, c'était... Et vivre comme ça tous ensemble pendant pas mal de temps, c'était chouette. En plus d’explorer les cavités, on a voulu découvrir les rizières, les Chocolate Hills, on a fait des parcours de fou, c'était adorable, c'était génial.
Q18/ Pour une personne qui bouge tranquille, je trouve que tu t’es fortement investie dans ta vie de femme spéléologue et pour la communauté fédérale. As-tu envie de dire quelque chose en particulier ?
Chantal
Non, pas spécialement, si ce n'est que je suis ennuyée de vieillir, de ne pas pouvoir aller où je veux, parce que c'est pénible. Voilà, c'est difficile d'avoir mal au genou, c'est difficile de ne pas savoir si on se fait opérer ou pas, si ça sert à quelque chose ou pas du tout. Mais franchement, pour moi, la nouvelle aventure de ma vie c’est quand même la vieillesse, ça fait partie d’un tout. Voilà ce que je veux dire, je tiens bon le cap et pour l’instant je ne suis pas encore dégénérée complètement (rire).
Q19/ Je ne me fais pas de souci pour toi, je te connais. Et ne faut-il pas un grain de folie pour mener à bien tout tes projets ? Je termine cette rencontre en posant ma dernière question qui sera tout simplement de savoir si ton sac et ton kit sont prêts pour cette nouvelle aventure ?
Chantal
Tout est prêt ! On va partir, on part…On est parti.
Merci à Chantal d’avoir accepté de partager ce moment avec nous. Souhaitons à tous ces voyageurs de l’ombre de belles explorations dans les cavités marocaines et de belles aventures dans les dunes du désert. Ils vont se régaler tous ensemble, nous en sommes persuadés.
Pour celles et ceux qui auraient un projet d’exploration dans les terres lointaines, n’hésitez pas à consulter le site de la CREI ou de prendre contact avec le club des Aragnous pour un voyage de l’autre côté de la méditerranée.
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