Rencontre avec Laure MATTEOLI
Article proposé par Catherine PAUL
A l'occasion de la semaine de la mixité organisée par le CDS 83 du 22 au 25 juin 2026, je vous propose une rencontre avec Laure MATTEOLI, référente de la mixité au sein du département.
CP - Bonjour Laure, quand je compare notre communauté de spéléologues varois au village gaulois de René Goscinny et d’Albert Uderzo, je te considère toujours comme notre Obélix de la spéléologie car, toi aussi, tu es tombée dedans quand tu étais petite. Tu as 44 ans et 44 ans de pratique de spéléologie. Pourrais-tu nous dire comment tu es tombée dans la marmite ?
Laure – Alors, je pense surtout que je n’avais pas vraiment le choix quand j'étais petite.
Je suis née dans une famille de spéléologues. Mes parents étaient au CAF de Toulon où ils pratiquaient cette activité régulièrement avec d’autres spéléologues. Il y avait toujours des camps d’organisés. Et forcément, on était obligé de suivre. Quand mes parents voulaient faire des camps un peu plus costauds, ils nous laissaient chez nos grands-mères.
Du moment où, avec mon frère, on a été capable de suivre un petit peu partout, on partait en camping car quasiment à chaque vacances scolaires surtout en période d’été. Et globalement, c'était spéléo tous les jours : on dormait à côté du trou du lendemain et après l’exploration du jour on repartait pour un nouveau bivouac. C’était l’activité principale de la famille. C'était mes vacances, je n’avais pas le choix mais ça me convenait. Je ne savais pas qu’on pouvait passer des vacances autrement.
CP - Est-ce que tu considères ta mère comme une pionnière de l’École Départementale de Spéléologie et Canyon (EDSC) car ça ne devait pas être très courant à l’époque de pratiquer la spéléologie et d’emmener ses deux enfants sous terre ?
Laure - J'avoue que ta question me fait voir ma mère d'une manière autre parce que je n'avais pas forcément pensé à ça.
Quand j'étais jeune, ça me manquait de ne pas pouvoir pratiquer la spéléologie avec d'autres jeunes. Parce que j'ai quand même eu une pause à un moment ; à l'adolescence, on n'a plus trop envie d'aller avec ses parents. Je pense que s'il y avait eu d'autres jeunes, ça m’aurait peut-être permis de continuer l’activité à ce moment-là. Et c’est dans cette idée que j’ai contribué au lancement de l’EDS quand elle a été créée, pour ouvrir l’activité à tous les enfants afin qu’ils puissent pratiquer entre eux.
CP - C’est une excellente finalité. Être responsable d’une école de spéléologie engage de lourdes charges logistiques et émotionnelles. Quel est ton bilan sur toutes ces années passées à la « présidence » de l’EDS ?
Laure – J’ai pris la responsabilité de la première EDS du CDS 83 à sa création en 2016 avec Josette Matteoli pour adjointe et j’étais très fière de faire ça avec elle. Cette période a duré 7 ans.
Suivant les cavités, je me rends compte aujourd’hui que j'étais pénible avant les sorties EDS. Je me mettais la pression pour que tout se passe bien : pour que tous les encadrants soient contents de participer aux sorties et pour qu'ils reviennent aussi. Pour que les enfants n’aient pas froid, ne poireautent pas trop dans la cavité. Enfin voilà, je gérais vraiment au mieux le truc. Ça a été une superbe expérience où j'ai appris énormément. Je voyais les jeunes évoluer, leur plaisir et les progrès qu’ils faisaient. Je trouvais ça génial qu’ils puissent arriver à être plus ou moins autonomes en relativement peu de temps.
La difficulté a commencé au lancement du groupe des plus petits. Ça a été plus compliqué et en même temps ils ont été tellement motivés. Clairement, pour ceux qui avaient envie de venir ça se passait bien mais pour ceux qui étaient là pour faire plaisir à leur parent et qui se mettait à l’écart, ça perturbait le groupe. Il y avait aussi une jeune qui avait très peur des araignées et qui lâchait la corde tout le temps. Nous avons vécu des anecdotes compliquées.
Les nuits précédant des sorties du style du Typoganahé, je dormais très mal mais une fois sur place, pendant l’exploration, tout se passait bien, on voyait que les jeunes étaient contents et déployaient toutes leurs compétences. Mais pour des trous comme le Cercueil où je me mettais la pression aussi, je préférais aller l’équiper avant la sortie pour qu’on puisse intervenir plus facilement.
En conclusion, cette expérience m’a demandé beaucoup d’investissements et le soir, après les journées de l’EDSC, même sur des petites cavités, j’étais à ramasser à la petite cuillère par la pression que je me mettais. Puis la pression se relâchait et hop ! c’était reparti pour une autre sortie.
CP – Pour l’encadrement de cette activité vous aviez eu l’aide des brevets d’état et des bénévoles spéléos du département du Var ? As-tu envie d’encourager la nouvelle équipe ?
Laure – Oui, nous avons beaucoup sollicité Gilles Jovet, breveté d’état, surtout pour le groupe des petits parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'encadrants qui voulaient aller avec ce groupe. Et puis Gilles, je l'admire, il rend tout passionnant, donc ça s'est hyper bien passé.
Après, globalement, je me suis rendu compte que c'était la gestion des cadres bénévoles le plus difficile. Zette sollicitait beaucoup les gens pour venir encadrer. Il fallait, et je pense que c'est pareil pour la nouvelle équipe, vraiment appeler les encadrants pour leur dire "Bonjour, j'ai vraiment besoin de monde pour la prochaine sortie". Ça, c'était usant, sans compter la gestion des spéléos dans les équipes. La gestion des petits était parfois plus facile que la gestion de certains encadrants ;-). Mais ça a été vraiment une superbe aventure.
Mais c’est rigolo car je ne suis allée qu’une fois cette année encadrer à la nouvelle EDSC et ça m’a remis un peu dans l’état de stress alors que je n’avais rien à gérer, ni à organiser. Et là j’ai eu l’impression d’avoir percuté que ces jeunes spéléologues étaient mineurs et que c’étaient stressant alors que cela ne me le fait pas si je sors en club.
J’essaierai d’y aller un peu plus souvent. Oui, j’ai vraiment envie d’encourager la nouvelle équipe parce que je trouve que ceux qui ont vraiment accroché à la spéléo, là en tant que jeunes, c'est pour la vie. Il y a quelque chose qui se passe et ils y reviendront même s’ils s’en éloignent pour les besoins de la vie. Ça apporte tellement de belles valeurs. Oui, il faut encourager cette nouvelle équipe, les jeunes et les encadrants.
CP - Aujourd'hui, la Fédération et les ministères du Sport et de l'Éducation nationale nous sensibilisent sur les violences (voir article Rencontre avec Doriane). As-tu été confrontée à ce problème lors de ton activité au sein de l’EDSC ?
Laure - Toute l’équipe a fait attention dès le début à ce qu’un adulte ne soit jamais en trajet seul avec un jeune. Cette règle d’or a été assez rapidement mise en place. Nous avons aussi fait attention à ce que tout spéléo ne se change pas n’importe où ni devant n’importe qui. Nous avons acheté les tentes douches pour que les jeunes puissent s’y changer à chaque sortie ainsi que les adultes. C'était très pratique pour nous, les cadres. Je me souviens d’une sortie aux Rampins où ils avaient passé la voûte mouillante, ils s'étaient vraiment trempés. J’étais là à tenir la serviette pour qu'ils soient cachés. J’ai tenue pendant une demi-heure la serviette. J’ai réalisé combien c'était vraiment important qu'ils puissent avoir cette intimité là et pour nous, un gain de temps. Les tentes ont vraiment changé notre manière d’être et nous étions fière d’avoir innover cette idée qui a été reprise par la FFS qui a distribué à chaque EDSC une tente au logo de la FFS.
Et je pense que les jeunes étaient suffisamment en confiance pour venir en parler s’il y avait eu quelque chose. Bien qu’une fois, j'ai eu un appel d'une maman qui me demandait pourquoi son fils avait reçu une tape dans le dos.
L’encadrant a juste fait une tape dans le dos en disant : "Alors ça va ?" Et en fait, cette tape amicale venant du cadre a été vécue comme violente par le jeune même si je sais que l’intention ne l’était pas. J’avoue que ce n'était pas mes moments préférés de devoir évoquer ça avec la personne en question. L'appel de la maman qui dit "il s'est passé ça, est-ce que ça pourrait être repris ? " et après de pouvoir en discuter avec l'encadrant, c'était quand même un peu compliqué pour moi. Après ça s’est apaisé sans aucun soucis ni suite.
D’une manière générale, Il est important de veiller à faire respecter les règles établies au sein des cadres dans l’objectif de protéger tout le groupe.
CP – Est-ce la responsabilité de l’EDSC qui t’a donné l’envie de passer ton initiateur ? Les formations données au sein de l'EFS donnent-elles plus de confiance en soi et permettent-elles de mieux faire face à la gestion de la formation de mineur ?
Laure - Je pense que je l'aurais fait même sans être initiateur, puisque finalement je l'ai passé 3 ans après avoir commencé l’école. Je n'ai pas l'impression que ce diplôme fédéral m'ait donné plus de confiance en moi mais plutôt donné une légitimité auprès des parents. Il n’a pas vraiment changé ma manière d'encadrer et d'essayer d'avoir les yeux partout, parce qu'avec des mineurs, il faut avoir les yeux partout, tout le temps.
D’ailleurs dans le cadre de la féminisation, la fédération encourage les pratiques féminines et favorise les stages diplômants. Que tu sois jeune ou femmes, tu as une réduction de 112€ sur le coût total du stage d’initiateur en plus des aides de la région et du CDS. Il suffit de remplir et retourner un document à la fédération. Personnellement, quand j’ai passé l’initiateur ça m’a coûté 0€.
CP - Quand on aime, on ne compte pas. Tu as aussi fait rentrer la spéléologie dans ta vie professionnelle.
Laure – C'est mon ancien chef de service qui un jour m'a dit " mais pourquoi vous ne faites pas un truc avec la spéléo ? " alors qu'il était plutôt trouillard pour beaucoup de choses. Le projet a commencé par une découverte de la spéléologie dans le cadre d'un groupe avec des ados une fois par an. Puis ce projet a mûri dans ma tête jusqu’à proposer une activité vraiment plus régulière. Cela fait cinq ans maintenant que nous proposons tout type d’activité de la spéléologie à des petits groupes, autant pour travailler tout l'accompagnement dans le développement psychomoteur sur des plus jeunes que sur les coordinations avec des plus grands avec les techniques de remontée sur corde. On prend le temps d'aller au rythme des enfants qu'on suit (qui sont malvoyants parce que si on ne le dit pas, ça a moins de sens) et je trouve cette pratique très enrichissante. Tous les membres du club qui sont venus encadrer ponctuellement ou pas, sont toujours impressionnés par les jeunes déficients visuels de leur capacité d'adaptation et des astuces qu’ils mettent en œuvre pour pouvoir pratiquer la spéléo. Et je trouve que les petits groupes du service que nous avons monté avec notamment la psychomotricienne de mon boulot, fonctionnent très bien, les jeunes viennent toujours volontiers.
CP – Quelles sont les motivations qui les poussent à revenir cinq fois par an ?
Laure – Oui nous réalisons cinq sorties dans l'année et je constate que ça leur apporte une confiance en eux et qu’ils sont vraiment dans le plaisir.
Quand tu vois que les grottes ne sont quand même pas contrastées visuellement, c'est très compliqué surtout avec les éclairages. Ils dépassent leurs limites et par l'effet de groupe ils prennent confiance les uns dans les autres : ils s'entraident dès la première sortie. Une fois on avait réalisé un petit film qui résumait tout ce qu'ils avaient travaillé dans l'année. Il y avait tous les parents qui pouvaient dire " Ohlala ! t'as fait ça ! mais moi jamais je pourrais ! " et de penser qu'eux, en tant que déficients visuels, alors qu’on leur dit tout le temps " Non tu ne peux pas voir au tableau, non tu ne peux pas faire ça, non tu ne peux pas faire tel métier " et bien là de se dire " Punaise ! moi je suis capable de faire des trucs que mes parents n'oseraient pas faire " j’ai trouvé ça génial.
Il y a même deux anciens qui avaient adoré la spéléo qui viennent dans le groupe des plus jeunes pour nous aider à encadrer. Et ils se positionnent vraiment en tant qu'encadrant. Lorsqu’un de ces jeunes, sur la fin de la séance m’a demandé " Je peux fermer la marche ? " Je lui ai répondu " Mais vas-y ! " Ça faisait deux ans qu'il n'avait pas mis un baudrier mais il se souvenait parfaitement de comment mettre le descendeur, de comment remonter. Je l’ai laissé en confiance. Et quand tu réalises que le gamin, il a entre 1 et 2 dixièmes, qu’il est en capacité de prendre soin des autres et de se positionner en tant que cadre et à juste titre, tu réalises que ce n’est pas une fleur que tu lui fais mais c’est qu’il est vraiment très bon.
Je me souviens que Dominique Frank m’avait parlé qu’une jeune atteinte d’une déficience visuelle avait passé l’initiateur et qu’elle se débrouillait bien. Dans le groupe, Il y a un jeune qui aimerait faire de la spéléo. Je ne lui ai jamais dit que j’étais au club de Carqueiranne car pour le coup, c’est un peu compliqué pour moi de mélanger ma vie privée et ma vie professionnelle.
CP – Le nom de Matteoli est très connu dans le secours. Tu t'es toi aussi engagée dans les secours
Laure – Le nom Matteoli est effectivement assez connu dans le milieu spéléo et je ne sais jamais comment interpréter « Ah mais Matteoli ? » Que ce soit mon oncle ou mon père, j’aime bien me différencier. Je suis ravie qu'au niveau familial, il y ait eu cette appartenance aux secours. Mais je pense que c'est quelque chose où je serais arrivée quand même.
Car ma vision de la pratique de la spéléo intègre le secours. La spéléo, c’est la solidarité, l’entraide, ce sont des notions qui sont tellement importantes pour moi que les gens quand ils arrivent au club, il y a déjà les secours dans la présentation de la spéléo qu'on leur fait. Ma conviction : " T’es spéléo, tu dois faire une action au niveau du secours et ce quel que soit ton niveau ".
Quand tu fais du secours, ça veut dire aussi que tu es capable de gérer des auto-secours, de prendre soin des uns des autres quand il y a des petites désescalades, tu fais attention à l'autre. Pour moi, ça donne une vision de l'activité.
CP - Dans les équipes de secours, tu t’es orientée dans l’assistance secours aux victimes (ASV). Pourquoi avoir choisi cette spécialité ? Et comment devient-on formatrice au sein du SSF national ?
Laure - Parce qu'on en avait parlé toutes les deux, à une AG du CDS, et que cette spécialité n'était pas vraiment représentée à l’époque dans le Var. Dans mon métier, je prends soin des gens et je trouvais cette idée intéressante de pouvoir prendre soin de la personne. Après, ça me faisait peur au départ surtout sur le fait de savoir comment réagir face à une victime réelle. Aujourd’hui encore mais en moins angoissant grâce à l'expérience, j’ai toujours cette petite appréhension et je pense que c'est bien de la garder pour être toujours bienveillante.
Je suis très contente de faire ces formations au niveau du SSF National. Quand ils m'ont appelée pour me proposer d’encadrer ces stages, je leur ai dit que c'était très gentil d'avoir pensé à moi, mais que je n'avais pas les compétences pour les faire car je ne me sentais pas forcément la légitimité n’ayant réalisé aucun secours réel à cette époque. Ils sont revenus à la charge quelques mois après et je suis contente qu'ils aient insisté. C'est vrai que maintenant je me sens à l'aise par rapport au début. L’équipe encadrante est quand même très masculine même s’il y a une autre femme Laurence Salmon. Et face à ces gens qui sont Conseillers Techniques Nationaux (CTN), des infirmiers, je me dis " Mais qu'est-ce que je fais là ? " Et en même temps, je trouvais ça très important de pouvoir dire " Je ne suis pas dans le médical, je suis une fille, j'ai 40 ans et j’ai toute ma place ici ", de pouvoir représenter aussi un encadrement qui puisse montrer que c’est accessible à tous. Maintenant, on met en place des petites scénettes et je trouve ça important qu'ils puissent voir une femme dans un peu dans tous les rôles, que ce soit en chef d'équipe ou auprès de la victime. Ce n’est pas parce qu'on n'est pas infirmier qu'on ne peut pas être auprès de la victime. L'ASV, c'est bien un rôle de secouriste et tout le monde peut l'être. Et ça, c'est important.
Dans le var, on a repris toutes les bases et remonté vraiment une équipe ASV. Il y a Justine, Sandrine, Vincent et René qui sont ou vont bientôt être formés. Avant l’ASV n'était que féminin parce qu'ils se disaient qu’il fallait juste attendre avec le blessé au fond du trou. Je trouve que c'est une fausse image de l'ASV parce que globalement, il faut que ce soit de bons spéléos qui soient capables d'aller n'importe où, dans n'importe quelle cavité, dans n'importe quelle situation. On l’a bien vu au Tagada, calés entre deux puits, qu’il fallait être capable de rester vingt heures sur une petite margelle dans des conditions un peu pourries. Il y a aussi des gestes spécifiques. Il faut de l'endurance, de la technicité parce que mine de rien, on continue à filer un coup de main aux autres équipes pour ressortir les blessés. Je trouve que c'est un rôle beaucoup plus complet. Maintenant, dans les formations nationales d’assistance secours victime, il y a plus d'hommes que de femmes ce qui n’était pas vraiment pas le cas auparavant.
J’avoue qu’au départ, ma vision du secours quand j’étais petite, c’était les hommes Conseillers Techniques et les femmes au secrétariat. Du coup, le coté ASV, être sous terre et gérer une victime, me permettait de franchir une étape. Les mentalités évoluent dans le bon sens.
CP - Donc tu pensais qu'il n'y avait pas de femmes CT, qu'elles étaient juste bonnes à faire du secrétariat, mais sais-tu que la première femme CT était une varoise dans les années 80. C'est Avril Geelen. Et elle était connue aussi pour porter des bottes blanches. Tu devais être aussi très jeune. …
Récemment, tu m'as confié que la rencontre avec Franck t'avait permis de franchir un grand pas dans ta pratique en spéléologie.
Laure - Oui, c'est vrai. Mon compagnon, Franck Prevost, m'a laissé le temps d'apprendre à équiper. J'ai toujours été autonome en tant que suiveuse. Papa n'avait pas trop la patience de nous apprendre à équiper, j'ai vu ma mère qui n’a jamais appris à équiper alors qu'elle en aurait été parfaitement capable. Franck m'a permis de passer ce cap là, d'être, d'avoir envie de m'affirmer en tant que spéléo capable d'équiper et d'avoir confiance en moi là-dessus.
CP - Franck a toujours été au club du GAS dont tu es la présidente et qui fédère quarante cinq personnes. Depuis combien de temps es-tu présidente ? Et comment fait-on pour fidéliser et fédérer autant de monde dans la durée ?
Laure – Présidente … Je ne sais pas trop exactement, 15 ans peut-être. Je ne sais pas vraiment comment on fidélise et on fédère. En fait, je trouve que les gens sont arrivés beaucoup après le Covid. Ils avaient envie de sport de pleine nature. J'ai l'impression que les nouveaux adhérents ont amené d'autres gens qui ont encore amené d'autres gens et c'est vrai qu'il y a eu tout un groupe de jeunes qui se sont finalement bien trouvés et qui ont rapidement fait des sorties entre eux. Beaucoup des nouveaux arrivés savaient déjà faire de la spéléo et ont rapidement été autonomes. Globalement nous avons eu très peu d’initiations. Nous leur avons rapidement fait confiance et laissé l’accès au matériel du club. C’est un des points forts. Globalement il y a une bonne ambiance, il n'y a pas de compétition, il n'y a pas de personnes " m'as-tu vu ? " il y a juste des gens qui ont envie de faire de la spéléo ensemble avec bienveillance.
Depuis le COVID, nous ne faisons plus de réunions hebdomadaires comme avant, d’ailleurs c’était plus des réunions gastronomiques que des réunions de spéléo. Cette année, j'ai essayé de remettre une réunion par mois parfois avec des soirées à thèmes : parfois nous sommes vingt cinq, parfois nous sommes cinq. C’est très fluctuant.
Le club fonctionne beaucoup avec le WhatsApp. Nous avons une communauté WhatsApp avec les adhérents, les annonces, les discussions, la programmation des camps et le groupe jeunes aussi mais je suis trop vieille pour y être intégrée (rire). Il y a plein de sous-groupes, c’est comme des onglets. On l’a initié cette année pour éviter d'avoir plusieurs groupes un peu dispersés et au moins tout est au même endroit.
Quand les spéléos ont envie de sortir, ils disent qu’ils sont dispos tel week-end. Le matériel est chez Franck, les adhérents ont une clé, ils préviennent sur l’onglet WhatsApp matos, prennent le matos et après le ramènent.
Je suis toujours scotchée chaque année de voir tous ces adhérents et ravie aussi à chaque camp de retrouver cette bonne ambiance spéléo.
CP – Avant d’entendre parler de la mixité, tu organisais des journées d’exploration entre filles. Continuez-vous ces sorties ?
Laure – C’était avant COVID, j’avais organisé ces sorties pour que les filles prennent confiance en elles et se sentent en capacité d’aller faire des sorties spéléo en autonomie sans forcément la présence d’hommes. Aujourd’hui les sorties entre filles ne sont plus d’actualité et que cela ne s’est pas présenté car il y a toujours des sorties, filles ou pas filles.
En fait, pour moi, la mixité, c’est vraiment que tout le monde puisse, quelque soit son âge, son sexe, sa corpulence, son handicap, avoir accès partout en spéléo. Et finalement, faire des sorties entre filles, ça excluait des garçons qui seraient bien venus avec nous. Donc je ne trouvais pas ça logique non plus. Néanmoins, je pense que c’est très important que les femmes prennent confiance en elles, s’investissent sur l’équipement. Les garçons se mettent plus facilement en avant, quand les filles sont souvent plus en retrait.
Les femmes équipent dans mon club, à l’envie et à tour de rôle. Je trouve que les femmes se mettent leurs propres limites et je suis la première à me dire « il équipera plus vite » et je les laisse équiper. Et le plus surprenant c’est qu’elles le font même entre elles et elles se donnent des limites.
Perso, j’ai peur des araignées, je préfère équiper après l’entrée des cavités. Globalement, dans mon club, tout le monde équipe de manière assez égalitaire.
CP - Tu es référente de la mixité au sein du département vis-à-vis de la fédération. Quelle en serait la définition ou ta propre définition ?
Laure - J’ai commencé en binôme avec Julien qui a arrêté la spéléologie aujourd’hui. Pour lui il était important d’être un homme-une femme dans cette référence mixité.
Au sein de la fédération il n’y a pas vraiment de définition. Il s’agit plutôt d’un groupe de travail qui s’intéresse aux améliorations qui pourraient être apportées sur la pratique féminine, la féminisation. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment de leader sur ce mouvement de la mixité et les dernières réunions où j’ai participé étaient vraiment axées sur les violences dans le sport.
Mettre en avant les femmes c’est important mais en fait mettre tout le monde en avant c’est important. J’insiste : Pour moi la mixité c’est pratiquer quel que soit son handicap, son sexe, sa corpulence. C’est réussir à ce que tout le monde prenne plaisir à faire de la spéléo quelque soit l’individu.
Nous sommes tous bénévoles. À l’heure actuelle, les gens sont de moins en moins bénévoles et si quelqu’un a envie de s’engager dans un poste à responsabilité ou de s’investir en tant que bénévole dans une action que ce soit un homme ou une femme, je trouve qu’on s’en fout royalement du moment que les choses avancent.
CP – Lorsque je vois ton passif, ton actif et ta capacité d’initialiser des actions pour ton évolution personnelle et pour le collectif, qu’est-ce que la mixité t’a apporté en plus ? Qu’as-tu apporté en tant que référente ?
Laure – J’avoue que j’ai l’impression de ne rien faire au niveau du CDS 83 en tant que référente mixité, mais que ce rôle je le joue au sein de notre club. A mon avis, c’est mon club qui fait office de référence mixité. Nous sommes 23 hommes et 22 femmes et tout le monde a sa place.
Je me suis engagée dans la mixité dans l’idée d’apporter quelques choses aux femmes qui n’ont pas trop confiance en elles et qui ont envie d’acquérir cette confiance là dans la pratique, qu’elles se sentent écoutées, entendues, aiguillées, aidées, accompagnées. La difficulté des femmes c’est qu’elles ne se sentent pas légitimes. Mais sincèrement, je n’ai jamais eu d’appel en disant « Bonjour madame la référente mixité, est-ce que vous pourriez m’aider dans ce parcours là ? »
Personnellement, c’est avec Franck que la mixité prend tout son sens. Dans notre relation, on se permet de s’épanouir l’un l’autre et de se donner confiance dans ce qui nous convient. Je pense lui avoir apporté çà autant que lui me l’a apporté.
Quand nous avons eu nos enfants, Franck avait peur de ma réaction, de ma manière dont j’allais être mère, si j’allais arrêter la spéléo. Quand les filles étaient petites, Franck et moi allions sous terre à tour de rôle . Nous avons gardé notre passion commune, nous avons continué la spéléo mais sans vraiment être ensembles. Maintenant qu’elles sont grandes et nous sommes très contents de pouvoir refaire de la spéléo ensemble, c’est important.
CP – La bonne nouvelle c’est que tu vas organisée avec l’aide du CDS 83 une semaine sur le thème de la mixité qui a donné l’occasion de cette rencontre.
Laure - Oui, cette année il y a eu deux nouveautés dans le département du Var. Les clubs du GAS et de l’ACVR ont obtenu deux créneaux horaires dans les gymnases de leur commune.
Et en cette fin de saison, le CDS 83 propose une semaine de la mixité du 22 au 26 juin avec deux sessions : la première le lundi 22 juin de 19h à 22h au gymnase À. Daudet à La Valette et la deuxième le vendredi 26 de 17h à 20h au gymnase du collège de Carqueiranne.
Tous spéléos hommes et femmes sont les bienvenus. Mais la priorité sera donnée aux femmes et à leur rythme, sur la méthode « bouge tranquille » chère à Dominique Frank (Doumdoum) connue de tous. L’idée est de revoir des techniques faciles, des techniques de progression tranquille utile comme le passage de vires et de déviations ou autres en fonction de son envie et de son besoin.
Et ce sera aussi l’occasion pour les spéléos varoises de se rencontrer, de communiquer et de partager des astuces. L’objectif est de faire des choses ensembles et de se faire plaisir. Et parfois, d’oser.
J’espère que nous serons nombreux pour ce moment de partage. Et pourquoi pas, pour aller plus loin, envisager une sortie sous terre en septembre.
CP - J’ai hâte de nous retrouver et de nous raconter aussi nos anecdotes et vécus spéléo. A ce propos, aurais-tu une anecdote rigolote à partager ?
Laure – Si je devais faire référence au village gaulois, je me souviens d’une de mes premières sorties que nous avions faite avec Franck où Panoramix alias Dédé des Olives avait amené sa potion magique, une liqueur de Myrte que nous devions partager à la sortie du trou. Je crois que c’est Hervé ou Thierry qui étaient sortis les premiers et qui s’étaient sifflé la bouteille. Et en fait, quand Hervé a mis son kit, il est tombé à la renverse…. Le druide avait mis ko les romains. Et ça m’a fait beaucoup rire. J’aime cette ambiance conviviale et sereine, c’est ce qui me plait beaucoup dans la spéléo.
CP – Et quelle serait ta conclusion pour cet article.
Laure - La spéléologie, une histoire de famille et je suis très contente que mes parents m’aient jetée dans la marmite.
Un grand merci Laure d’avoir accepté cette rencontre. Et nous vous disons à bientôt pour notre prochaine rencontre aux gymnases de La Valette et de Carqueiranne dans le cadre de la semaine de la mixité organisée par le CDS 83.
Pour celles et ceux qui souhaiteraient passer l’initiateur, n’oubliez pas de consulter le site de l’EFS de la FFS à l’adresse suivante : https://ffspeleo.fr/les-aides-a-la-formation.html
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_cb6adc_0.jpg)
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_c2e467_3.jpg)
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_fe7f45_4.jpg)
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_38c115_7.jpg)
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_e525a3_13.jpg)
/image%2F0671554%2F20260621%2Fob_1c1953_14.jpg)